Aboubakari Baba Moussa : «Il n’y a pas de liberté sans lumière et de sécurité, sans développement»

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Posted on by B-Demain

Aboubakari Baba Moussa a toujours été à la pointe des actions du département infrastructures et énergie de la commission de l’Union africaine (UA) dont il est le directeur. A Addis Abeba, lors du 26e sommet de l’UA, nous l’avons retrouvé, comme à Abidjan en novembre 2015, aux côtés de la commissaire à l’énergie Dr Elham Ibrahim, explicitant les options et programmes infrastructurels de l’organisation continentale.

Dans cet entretien, il aborde essentiellement les rapports entre les droits de l’Homme de façon générale et ceux spécifiques aux infrastructures et la très cruciale question du financement des infrastructures dont l’énergie sur le continent. Interview exclusive.

Aboubakari Baba Moussa, directeur des infrastructures et de l'énergie de la Commission de l'Union africaine

Aboubakari Baba Moussa, directeur des infrastructures et de l’énergie de la Commission de l’Union africaine

BURKINADEMAIN.COM : Quel est l’objet de la rencontre que vous venez d’avoir avec les acteurs des médias ?

Aboubakari Baba Moussa : C’était pour informer le public à travers les journalistes présents au sommet sur les activités de la Commission de l’Union africaine mais particulièrement sur les réalisations concrètes dans le secteur des infrastructures, notamment dans des domaines clés des transports, de l’énergie, des technologies de l’information et de la communication. Cela pour vous permettre de voir, contrairement à l’impression que l’on peut avoir, que l’UA ne traite pas seulement que des questions de paix et de sécurité. Elle traite également des questions de développement en général et en particulier des infrastructures qui sont aussi importantes que la paix et la sécurité. S’il est vrai qu’il n’y a pas de développement sans paix et sécurité, il faut se rendre compte aujourd’hui aussi qu’il n’y a pas de paix et sécurité sans développement.

BURKINADEMAIN.COM : Justement, en quoi l’accès à l’énergie et autres infrastructures peut contribuer à la promotion des droits de l’Homme et en particulier des femmes qui est au cœur de ce 26e sommet de l’UA ?

Aboubakari Baba Moussa : Vous avez bien dit les droits, vous n’avez pas dit le droit. Quand on parle des droits de l’Homme déclarés par les Nations Unies, c’est par exemple le droit d’accès à l’eau, le droit à l’accès aux services des transports, le droit d’accès à l’énergie, le droit d’expression. Ce sont des droits fondamentaux auxquels chaque individu sur la terre et en particulier en Afrique doit pouvoir accéder. Ces droits sont souvent liés, l’accès aux uns conditionnant l’accès des autres. Vous ne pouvez pas avoir un droit de liberté si vous n’avez même pas la lumière, vous ne pouvez pas être libre si vous n’avez pas accès à des infrastructures et si vous n’avez pas satisfait vos besoins alimentaires. Pour toutes ces raisons, il ne faut pas, quand on parle de droits humains, occulter les autres droits fondamentaux dont notre département fait la promotion, c’est-à-dire les droits à l’énergie, à l’eau, au transport, etc.

BURKINADEMAIN.COM : Lors de votre conférence de presse, il a été question aussi de facilité pour promouvoir l’énergie géothermique sur le continent. En quoi consiste-t-elle précisément ?

Aboubakari Baba Moussa : Nous avons mis en place un fonds que nous appelons facilité de gestion des risques en matière d’énergie géothermique. Parce que quand vous prenez une source énergétique comme la géothermie, son exploitation comporte des risques. C’est comme chercher le pétrole. Il faut s’assurer que vous avez ces ressources et fondamentalement ce sont des prospections géographiques et géologiques qu’il faut faire partout. Or, quand on entreprend ces genres d’opérations les risques de ne rien trouver sont élevés. Donc, on fait en sorte que les pays soient encouragés à le faire, en mettant en place un fonds que nous appelons la facilité qui couvre ces risques. Nous avons décidé de couvrir ces risques à hauteur de 80%. Actuellement, les pays de la région de l’est du continent disposent de grandes potentialités. Ces pays ont un potentiel de près de 15.000 mégawatts de potentiel, cela est énorme. Il s’agit de cinq pays de la région dont le Kenya, l’Ethiopie, l’Uganda, le Djibouti. Il faut ajouter à ces Etats, les Comores, la République démocratique du Congo (RDC), la Tanzanie. Nous avons ouvert le fonds et nous sommes maintenant à onze pays africains intéressés dont le Burundi, le Rwanda. Aujourd’hui, tout pays intéressé, peut prétendre à cette facilité.

 

Quel est le montant de la facilité et quels enseignements tirez-vous déjà de sa mise en œuvre ?

Aboubakari Baba Moussa : C’est un projet pilote et mais instructif qui nous a permis de voir comment les Etats peuvent mettre ensemble leurs ressources avec les partenaires et procéder à des appels d’offres avec les mêmes documents et les mêmes procédures. Que ce soit pour le financement, le suivi et ou pour le décaissement, nous sommes arrivés à des règlementations qui nous donnent aujourd’hui beaucoup de satisfaction. Quant au montant de la facilité, il s’élève à 150 millions de dollars. Nous sommes aujourd’hui à une trentaine de millions de déjà engagés pour les Etats. Je rappelle que le fonds a été mis en place il y a seulement trois ans.

 

BURKINADEMAIN.COM : Il y a aussi Le fonds fifty…

Aboubakari Baba Moussa : Oui. C’est un fonds mis en place par la Banque Africaine de Développement. Comme on l’a dit, dans la gestion de la question des infrastructures, il y a des étapes fondamentales à observer pour être efficace dans la réalisation des projets. Il faut d’abord préparer le projet, le concevoir, ce qui passe par différentes études qui nous permettent de mieux cerner le projet dans ses composantes. Ensuite il faut jauger sa viabilité économique et environnementale. Enfin, il faut passer au montage des investissements. Vous avez trois grandes étapes complexes. Ce qui fait que les pays pris individuellement éprouvent des difficultés techniques ou financières à les mener à bien. C’est pourquoi, nous avons, au niveau de la commission de l’Union africaine, avec des partenaires comme la BAD, le NEPAD et d’autres institutions, nous avons scindé les responsabilités. Nous, nous nous occupons de la préparation des projets d’infrastructures et les institutions comme la BAD, se préoccupent des investissements, du financement. Et c’est dans ce cadre que la BAD a mis en place le fonds fifty pour mobiliser les ressources propres africaines pour financer le développement des infrastructures sur le continent. Le mot ‘’fifty’’ vient du fait que c’était pendant la célébration du cinquantenaire de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) et pour marquer cet évènement, on a créé ce fonds fifty.

 

BURKINADEMAIN.COM : Où en êtes-vous aujourd’hui avec ce fonds fifty?

Aboubakari Baba Moussa : Aujourd’hui, toutes les structures du fonds sont en place. Des pays ont déjà fait leur contribution et le montant du fonds s’élève déjà à des millions de dollars. Le fonds à ce jour est accessible mais sur une approche privée.

 

Entretien réalisé à Addis Abeba par Bazomboué Grégoire Bazié

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