Fada : Après 11 ans de règne, le chef de Madjoari est menacé de destitution

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Posted on by B-Demain

Mandjoari, commune rurale de la province de la Kompienga connait une difficulté particulière liée à sa chefferie. Des faits, il ressort qu’après 11 ans de règne, le chef de cette commune est menacé de destitution par celui qui l’avait intronisé. Toute chose qui crée la colère chez certains ressortissants de la localité qui jurent sur tous les toits de ne jamais accepter cette ignominie. Deux fils de ce royaume nous relatent leur version des faits. Le premier, Adjima Malick, principal interviewé, s’est fait aider dans la traduction de ses propos par un second, Adjima Thiombiano, car celui-ci s’exprimait mieux en français.

Les deux Adjima Thiombiano lors de l'entretien

Les deux Adjima Thiombiano lors de l’entretien


BURKINADEMAIN.COM : Présentez-vous à nos lecteurs ?
Adjima Thiombiano : Je suis Adjima Thiombiano, ressortissant de Madjoari dans la province de la Kompienga et fils de la famille royale. Je suis avec mon frère Adjima Malick qui est le petit frère du chef de Madjoari.
Vous dites que votre commune, Madjoari risque de connaître un affrontement meurtrier à cause de problèmes de chefferie. Expliquez-nous la situation.
Le chef de Fada, sa Majesté Kupiendiéli est celui qui a pouvoir de faire chef dans les communes ou villages rattachés à Fada qui est le chef- lieu de tout le royaume Gurman. C’est fort de cela qu’il a procédé en 2005 à l’intronisation du chef de Madjoari, notre chef, sa majesté Balsoandji. A cet effet, celui-ci avait envoyé 6 de ses ministres pour accompagner le nouveau chef. Ainsi, après son intronisation, il a été procédé à la cérémonie d’investiture à laquelle sa Majesté Kupiendiéli a été représenté par les même 6 ministres. Dans la famille gourman tout le monde peut gérer la chefferie si on a des qualités, ce n’est pas forcément de père en fils.
Mais, voilà que onze ans après l’intronisation de Balsoandji, le chef de Fada veut détrôner le chef de Madjoari. Mais, nous, nous savons que c’est une conspiration, un complot avec le chef de Pama. Puisque un certain Kanbani, représentant du chef de Pama, qui d’ailleurs je déclare au passage n’a pas le droit de se mêler de la chefferie de Madjoari, est venu voir le chef de Fada pour lui demander de démettre le chef de Madjoari , sa majesté Balsoandji. Les familles de Madjoari estiment que c’est de la provocation et même une insulte. Car, nous estimons qu’un chef peut être démis pour des fautes graves, par exemple s’il est à la cause de division de son peuple ou commandite la mort de ses sujets. Mais rien de tout ça. Le poste d’un chef de village n’est pas comme celui d’un poste ministériel de l’administration qu’on peut remercier à tout moment.
Quels sont les arguments avancés par sa Majesté Kupiendiéli pour justifier sa volonté de détrôner Balsoandji ?
D’abord il a dit qu’il s’est trompé en intronisant le chef Balsoandji de Madjoari parce que Balsoandji n’est pas fils de chef mais plutôt petit fils de chef. C’est-à-dire que son père n’était pas chef mais que c’était son grand père qui fut chef. Ce qu’il dit n’est pas juste parce que notre tradition n’est pas comme celle en pays mossi où la chefferie se fait de père en fils. Chez nous en pays Gurman tous membres de la famille peut occuper le trône il suffit d’être accepté par ses paires. D’ailleurs le chef Balsoandji a été en compétition en 2005 avec 4 candidats et c’est lui qui a été choisi donc il n’a pas fait la force à quelqu’un pour accéder au trône. Chez nous peu importe, que tu sois neveu, cousin ou fils etc., tu peux être chef. Pour l’histoire sachez que Balsoandji est le petit-fils de sa majesté Yetema de Madjoari pour dire que c’est un fils de la famille royale en un mot prince de la famille.
Cette situation, c’est du jamais vu chez nous, ni entendu. Le chef de Fada nous a dit qu’il a fait une erreur en intronisant un petit fils alors qu’un roi ne fait jamais de retour, c’est-à-dire qu’un roi ne peut introniser un chef et revenir sur sa décision.
Le chef de Fada dit que la manière que le roi de Madjoari a accédé au trône n’est pas normal, alors qu’il oublie que lui-même est arrivé au trône par une mauvaise voie. Car, aussi bien, le chef de Madjoari que celui de Fada devraient tous deux être intronisés par Taïdano, ministre principal de Fada, au lieu de Tadambiga.
Il faut que cela soit clair pour tout le monde si Balsoandji ne doit plus être chef de Madjoari, c’est que Kupiendiéli, le chef de Fada aussi ne doit plus l’être car tous deux ont été mal intronisés.
Pour vous, est-ce qu’il pourrait y avoir d’autres raisons qui font que le chef de Fada veuille démettre Balsoandji ?
Oui, oui nous pensons qu’il y a la politique aussi, puisque Balsoandji le chef de Madjoari n’est pas du même bord politique que, l’envoyé du chef de Pama, Kambani qui crée tous ces problèmes en complicité avec le chef de Fada qui sont d’un autre parti politique. C’est la politique qui veut nous mélanger pour qu’on s’entretue. Le chef de Fada est en train de faire comme ce qu’a fait Blaise Compaoré avec l’article 37, et c’est ce qui risque de l’emporter, lui aussi.
Quelque chose vous est-il resté sur le cœur et que vous voudriez exprimer ici ?
La population est sur sa garde et attend de voir celui qui sera nommé à la place de leur chef. Si on n’y prend garde, cette situation va créer un chaos irréparable à Madjoari. On ne comprend plus sa Majesté Kupiendiéli, il a fait pareil à Diapaga, Diapangou, Gayéri, Namounou. Il a intronisé dans ces localités des deuxièmes chefs, alors qu’avoir plusieurs chefs créent toujours des problèmes. Nous ne voulons pas de cela chez nous. Ce que nous recherchons, c’est la paix de notre commune et de toute la région, nous ne sommes pas contre qui que ce soit. Donc, j’interpelle les autorités de se pencher sérieusement sur cette bombe pour la désamorcer le plus vite possible. Il faut trouver une solution pour éviter que la population s’entredéchire entre elle. Je suis ouvert à tous ceux qui souhaitent nous aider à trouver une solution à ce problème. Notre pays a souffert ces dernières années et il faut lui éviter toute autre souffrance supplémentaire.

Propos recueillis par Joachim Batao
BURKINADEMAIN.COM

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