Commission de l’Union africaine : Le Pr Abdoulaye Bathily est-il l’homme de la situation ?

Spot SERRO
Posted on by B-Demain

A quelques semaines de la tenue du 28e sommet de l’Union africaine à Addis Abeba, l’historien et homme politique sénégalais, Pr Abdoulaye Bathily, candidat au prestigieux et stratégique poste de la présidence de la Commission de l’organisation continentale, est en tournée dans les palais présidentiels de l’espace CEDEAO. Après Koulouba il y a quelques jours, l’ex-représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef du Bureau régional des Nations-Unies pour l’Afrique centrale a été reçu ce mercredi 21 décembre à Kossyam.

Le Pr Abdoulaye Bathily, candidat du Sénégal et de la CEDEAO pour le poste du président de la commission de l'UA

Le Pr Abdoulaye Bathily, candidat du Sénégal et de la CEDEAO pour le poste du président de la commission de l’UA

Pour cette élection tant attendue du président de la commission de l’Union africaine et qui oblige le grand historien Abdoulaye Bathily (69 ans) à faire le tour des présidences ouest-africaines, histoire pour l’homme de s’assurer du soutien personnel des chefs d’Etat de la région ; il y a naturellement cette question qui taraude l’esprit : Est-il l’homme de la situation ?
Cette question mérite d’être posée ce d’autant plus que le Pr Bathily ne sera pas le seul candidat à cette élection. Répondre à cette préoccupation amène à considérer la personnalité du candidat, ses atouts et le contexte même de la tenue de l’élection.

Abdoulaye Bathily, une personnalité valable

Abdoulaye Bathily n’est pas, comme on dit trivialement, «n’importe qui». Il a derrière lui une riche carrière internationale et nationale. Il est avant tout un grand historien panafricaniste, à la dimension des Alpha Oumar Konaré qui a eu à diriger la Commission de l’UA. Il a à son actif plusieurs ouvrages de belle facture. Sur le plan politique, le président de la Ligue démocratique/Mouvement du parti du travail a été plusieurs fois député et ministre dans son pays. Sur le plan international, le Pr Bathily a exercé d’importantes missions pour le compte des Nations Unies dont celles de représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef du Bureau régional des Nations-Unies pour l’Afrique centrale. De ce point de vue, c’est une personnalité valable qui mérite de présider la Commission de l’UA.

Les autres atouts de Bathily

Au-delà de ses qualités personnelles, Abdoulaye Bathily a cet avantage que sa candidature est endossée par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cela fait théoriquement un soutien de quinze Etat en même temps. Sa candidature est surtout portée par son pays, le Sénégal, qui a une longue tradition de placement de ses cadres dans les institutions internationales. Parlant de lui à des confrères d’une radio internationale, le président Macky Sall a dit ceci :
« un panafricaniste, un intellectuel de haut niveau, un historien qui connaît parfaitement l’histoire des peuples d’Afrique, particulièrement d’ailleurs dans la zone Afrique australe, l’Afrique de l’Est. Et, il a un parcours tout à fait élogieux de militant politique, d’homme d’Etat, ministre, député. Il a été également représentant du secrétaire général des Nations unies, à la fois au Mali et en Afrique centrale. Donc, c’est quelqu’un qui a le profil de l’emploi. C’est pourquoi le Sénégal l’a présenté, la CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) a endossé cette candidature qui lui donne déjà une chance pour pouvoir passer (…) Nous y travaillons de façon soutenue».
Et pour qui connait le Sénégal, Sall ne plaisante pas. Une éventuelle défaite de Bathily à cette élection sera d’abord celle de Sall et du Sénégal. Dans ces conditions, Abdoulaye a de réels atouts de son côté. Mais, suffiront-ils à lui assurer une victoire à cette compétition électorale qui s’annonce ouverte?
Les obstacles viendront de l’Afrique du Sud et du Maghreb
Si les chances du Pr Bathily sont réelles dans cette course à la conquête de la présidence de la commission de l’UA ; il devrait quand même s’attendre à des difficultés. Les obstacles pour lui viendront de l’Afrique du Sud et du Maghreb. Lors du dernier sommet de l’Union africaine à Kigali, les pays de l’Afrique australe avaient tout fait pour faire élire leur candidate, la Botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi. Mais, ils n’y sont pas parvenus à cause des pays de la CEDEAO qui ont fait barrage. Si les pays sud-africains renonçaient à une candidature de la ministre Botswanaise des Affaires étrangères, ce n’est pas sûr qu’ils acceptent de voter un candidat de la zone CEDEAO. L’on risque d’assister à une sorte de match retour. Ils attendent au tournant, comme on dit chez nous, les pays de la CEDEAO. Et peut-être même que pendant ce temps de report de l’élection, ils ont eu le temps de réunir les quelques voix qui leur ont manqué pour rafler la mise.
L’autre obstacle possible pour Bathily pourrait venir de certains pays Magrébins comme l’Algérie qui ne voient certainement pas d’un bon œil cette affinité diplomatique entre le Sénégal et le Maroc. Le soutien de l’Algérie au peuple sahraoui, qui lutte pour se soustraire de la souveraineté marocaine, n’est plus un secret pour personne. Conscient de la situation, le président Macky Sall souhaite que l’on ne fasse pas l’amalgame entre la question sahraouie et l’élection de la présidence de la commission. Espérons tout simplement qu’il sera entendu. Le cas contraire, la bataille pour réunir les 36 voix nécessaires à l’élection de Bathily s’annonce périlleuse. L’on ne le dira jamais assez, l’universitaire sénégalais est un candidat valable, mais le contexte, ne le perdons pas de vue, pourrait lui jouer des tours, si rien n’est fait pour juguler à temps les obstacles mentionnés.

Grégoire B. Bazié
Burkina Demain

Leave A Response

*