Réconciliation nationale : les lignes vont-elles enfin bouger avec Achille Tapsoba ?

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Posted on by B-Demain

C’est quand même l’un des faits majeurs de l’actualité politique burkinabè de ces derniers jours, l’arrivée d’Achille Tapsoba, président intérimaire du CDP, à la tête de la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER). Ce n’est un secret pour personne, la réconciliation nationale est la fois la question qui unit et divise à la fois la classe politique et le peuple burkinabè depuis les évènements de fin octobre 2014 et encore davantage après ceux de mi-septembre 2015.

Achille Tapsoba; nouveau président de la CODER

Après Rasmané Ouédraogo de la NAFA, c’est à Achille Tapsoba, président intérimaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) qu’échoit la présidence de la Coalition pour la démocratie et la réconciliation nationale (CODER) pour une période de trois mois, conformément au principe de la rotation à la tête de cette coalition politique.

Mais, que doit-on attendre de cette présidence de Achille Tapsoba de la CODER, en termes notamment d’avancées sur le terrain de la réconciliation nationale ? C’est la question que l’on peut légitimément se poser, puisque c’est la raison sociale de la CODER.

Si la classe politique et la plupart des Burkinabè sont pour le principe de la réconciliation, au regard des violences qui ont émaillé l’avènement de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et la tentative du putsch des 16-17 septembre 2015 ; les voies ou méthodes à suivre pour y parvenir les divisent.

Certains par exemple sont d’abord pour la justice, la vérité et ensuite la réconciliation. Mais, le problème avec ce modèle, c’est que la justice n’arrive pas à assurer et l’étape de la réconciliation est renvoyée aux calendes grecques. Or, le pays a besoin de l’apaisement des cœurs de ses fils et filles pour progresser durablement.

Des atouts pour Achille Tapsoba

D’autres sont pour le principe du pardon et de la réconciliation directe sans passer forcément par les étapes de la justice et de la vérité. C’est en quelque sorte la réconciliation à l’africaine, comme l’avait expliqué  feu Valère Somé. Dès que l’on reconnaît ses fautes, l’on est pardonné. Le problème avec ce schéma, c’est qu’il donne l’impression d’escamoter les étapes de la justice, de la vérité, et donc de la responsabilité des acteurs auxquels bon nombre de compatriotes sont attachés.

A force de se tirailler sur le modèle à suivre, pas grand-chose n’a été enregistré  sur le front de la réconciliation nationale. Pour ne rien arranger à la situation, l’institution en charge de la réconciliation au plus niveau, en l’occurrence, le Haut conseil pour la réconciliation nationale est engluée depuis plusieurs mois dans une crise interne.

Dans ce contexte quelles marges de manœuvres pour Achille Tapsoba à la tête de la CODER ? L’homme ne manque d’atouts. Sa présidence coincide avec l’annonce d’abandon de charges contre des leaders politiques (Eddy Comboigo, Djibrill Bassolé)  incarcérés dans le cadre du putsch de septembre 2015. Considéré proche de certains bonzes du  pouvoir, Achille Tapsoba pourrait en profiter pour  tenter de faire bouger les lignes, si ces abandons de charges  traduisaient un réel changement de cap par rapport à cette question de réconciliation nationale. En outre,  il est réputé  franc-parleur. Et si cela ne tenait qu’à sa seule personne, cette exigence de vérité avant d’aller à la réconciliation trouvera sa réponse.

Tous les indicateurs ne sont pas au vert

Achille Tapsoba au milieu des autres leaders de la CODER

Pour autant, doit-on en conclure que c’est Achille Tapsoba  qui sortira le processus de réconciliation de sa léthargie ? Le dossier de la réconciliation est plus complexe et tous les indicateurs ne sont pas au vert. Au sein du pouvoir, ce n’est pas sûr que tous parlent désormais  le même langage sur la réconciliation nationale. Si la question n’est pas encore  réglée à ce niveau, les probables démarches d’Achille Tapsoba auprès de ses interlocuteurs haut-placés pourraient se révéler finalement inopérantes. Pour faire la réconciliation, il faut au  moins la présence de deux camps consentants.

Par ailleurs, le franc-parler d’Achille pourrait, s’il ne fait pas attention, devenir son talon  d’Achille sur ce dossier épineux de la réconciliation nationale. La franchise et la bonne entente ne faisant toujours pas bon ménage. Bref, autant dire que la mission de réconciliateur national en chef  dévolu  à Achille Tapsoba, s’annonce ardue, surtout qu’il n’a que trois mois pour faire ses preuves.

On le sait, pour Achille Tapsoba, tous les acteurs politiques sont responsables de ce qui est arrivé au pays. Et si la classe politique est responsable dans son ensemble, elle devrait par sursaut patriotique, dans son entendement, s’entendre sur cette question de la réconciliation nationale afin de permettre au pays de reprendre son cours de progrès. La vérité, la justice ou la réconciliation n’étant pas des fins en elles-mêmes. Elles doivent soulager les uns ; réconforter, apaiser  les autres  et servir pardessus tout l’intérêt général, le Burkina Faso.

Philippe Martin

Burkina Demain

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